1970 ~ Alvin Lucier – « I am sitting in a room ».
Performance sonore culte de 1970 au cours de laquelle Alvin Lucier s'est enfermé dans une pièce avec un micro, un magnétophone, un amplificateur et des enceintes. Il a enregistré une fois sa voix lisant un message, l'a diffusée sur les enceintes, réenregistrée pendant la diffusion directement à la sortie des enceintes, diffusé l'enregistrement ainsi réalisé sur les enceintes, réenregistré – et ainsi de suite, le son se dégradant lentement lors des enregistrements successifs, la voix disparaissant progressivement pour laisser place à des larsens inorganisés. Cette œuvre performative se réalise en énonçant son programme : le bruit (au sens des théories de la communication) efface petit à petit le message. (Le texte lu par Lucier pour réaliser le premier enregistrement, au début de la performance, est : « I am sitting in a room different from the one you are in now. I am recording the sound of my speaking voice and I am going to play it back into the room again and again until the resonant frequencies of the room reinforce themselves so that any semblance of my speech, with perhaps the exception of rhythm, is destroyed ». Soit : « Je suis assis dans une pièce différente de celle dans laquelle vous êtes actuellement. J'enregistre ce que je suis en train de dire et je vais jouer cet enregistrement dans la pièce à plusieurs reprises jusqu'à ce que la fréquence de résonance de la pièce s'amplifie de sorte que la forme de mon discours, à l'exception peut-être du rythme, soit détruite »).
1893 ~ Erik Satie – Vexations.
Erik Satie est un compositeur français, né à Honfleur en 1866 et décédé à Paris en 1925. Vexations est constitué de quatre phrases musicales de cinquante-deux temps chacune, faites pour être jouées sans interruption huit cent quarante fois. L'auteur écrit en guise d'indication : « Pour se jouer huit cent quarante fois de suite ce motif, il sera bon de se préparer au préalable, et dans le plus grand silence, par des immobilités sérieuses. » Pour être exécuté, Vexations demande entre dix-huit et vingt-huit heures. La première performance intégrale a été réalisée en 1963 à New York par une équipe de pianistes (dont faisait partie le futur membre du Velvet Underground, John Cale) à l'initiative de John Cage. Quelques pianistes ont relevé le défi en solo.
1962 ~ György Ligeti – Poème symphonique pour
cent métronomes.
Selon les indications de Ligeti, les cent métronomes, préalablement remontés, doivent être disposés sur scène de façon à former une pyramide, par une équipe de dix concertistes (players), opérant chacun sur dix machines, sous la direction d'un chef (conductor). Les réglages de tempi, tous différents, se font sur scène pendant quatre à six minutes – cérémonieusement, est-il précisé – à la suite de quoi doit être observé un silence de deux à six minutes, puis, sur commandement du conductor, les métronomes sont lancés simultanément, et sont ensuite laissés seuls sur scène. Poème symphonique pour cent métronomes est considéré comme accompli lorsque le dernier métronome est arrêté, le chef et les concertistes pouvant alors monter sur scène pour recevoir les hommages du public.
2003 ~ Janek Schæfer – Skate/Rink.
Janek Schæfer, musicien canadien né en 1970, est principalement connu pour s'être fabriqué une platine à trois bras – répertoriée dans le Livre Guiness des records. Skate/Rink est un ensemble composé d'un disque vinyle et d'un disque compact. La seule face gravée du vinyle est composée de fragments de sillons – aucun d'entre eux ne forme un cercle complet : si l'on essaye de jouer le disque, l'aiguille circule aléatoirement entre les sillons. Le but est d'utiliser la fonction anti-dérapage (anti-skating) des tourne-disques : en réglant cette fonction sur 0, ce qui annule son effet, l'aiguille se déplace rapidement vers le centre du disque ; en augmentant sa puissance, elle se dirige vers l'extérieur. L'utilisateur peut ainsi « diriger » la lecture du disque, en jouant avec le bouton qui contrôle cette fonction et, paramètre supplémentaire, en faisant varier les vitesses de rotation du plateau de la platine. À ce disque est joint un disque compact, Rink, composé des extraits de l'œuvre du pionnier de la musique concrète Pierre Shæffer, utilisés pour graver les sillons du vinyle auxquels ont été ajoutés des enregistrements réalisés avec Skate.

1973 ~ Thuunderboy – Thuunderboy !
En 1973, le musicien et cinéaste expérimental américain
Tony Conrad a enregistré pendant un peu plus de quatre heures son fils
Ted, alors âgé de deux ans, jouant avec des 45 tours sur sa platine
vinyle (sans aucune instruction venant d'adultes). Ce dernier utilise principalement
un enregistrement de « Puppy love » par Donny Osmond qu'il manipule
alors que, selon son père, il est lui-même en train d'apprendre
à contrôler ses mouvements : il expérimente progressivement
lors de ses jeux la relation entre le déplacement du bras de la platine
et les variations du son. Le résultat est très surprenant, d'une
étrange beauté naïve. Oubliez Christian Marclay, Grandmaster
Flash et Grand Wizard Theodore, l'origine du turntablism est ici. Après
tout, DJ Shadow ne fait, lui non plus, rien d'autre que jouer avec des disques.
