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     DIP EN PROFONDEUR...   
 par Kimberley Clarck


« Paris en août, j’adore ! »…
J’avais entendu ce poncif de trop nombreuses fois pour savoir que celui-ci passé rive droite ne bouleverserait ni n’illuminerait en rien mes jours ni même mes nuits.
« Paris en août, j’adore ! », tant et si bien que je décidais d’embarquer Isaac et Barnabé dans un périple de quelques jours au bord de l’océan. Barnabé avait un pied-à-terre en  Bretagne, parfait pour se goinfrer de fruits de mer, de galettes saucisse, d’iode, d’embruns et si possible de grande bleue et de soleil. Quelques petits suppléments dans les bagages nous permettraient de nous énerver gentiment…
Programme alléchant qui ne pouvait que me réjouir vu le temps maussade qui régnait sur la capitale depuis que la canicule avait cessé de terrasser mes meilleures intentions.
J’avais pu récupérer, au prix d’une course effrénée et de quelques centaines d’euros, le bolide d’Isaac que j’avais vu s’envoler allégrement quelques jours plus tôt, embarqué par ces gentils hommes bleus, qu’on appelle parfois hommes de loi…
Pas de plan, pas de projet… Juste profiter de la quiétude entres amis afin de recharger les batteries mises à mal depuis l’hiver.

Que m’imaginais-je ? Je savais pourtant qu’avec « Starsky et Hutch » n’importe quel repas ecclésiastique pouvait vite tourner à l’orgie romaine…
Barnabé, toujours à l’affût de bons plans, décèle un concert improbable des DIP à Hédé, minuscule bourgade nichée en terres bretonnes. Excellente idée pour se remettre de la soirée précédente passée à la Route du Rock, finalement assez prévisible et où la seule surprise fut d’assister au show bien calibré de Chloé devant trois cents chevelus enivrés de bières et de chawarmas… « Chloé, t’es tellement rock'n'roll ! »

Gavés de soleil et de biens d’autres mets fabuleux, direction Hédé où les D.I.P sont donc programmés en clôture du Festival de Poche. DIP pour Dirty Important Person. On arrive tranquillement une heure avant pour humer l’ambiance et fatalement, c’est plutôt kermesse celte que pelouse électro. Le public ne semble pas enflammé et les stands de macramé et de bijoux emmaillés nous font doucement rigoler. Le bar propose… de la bière… et du vin ! « Trois verres de blanc ? — Il faut aller chercher des jetons. » Le Club Med façon bigouden…
On s’installe au bar, les balances se règlent gentiment. « Trois verres de blanc, c’est combien de jetons ? — Et ta sœur, elle habite toujours Saint-Malo ? »
Quelques verres plus tard, le décalage nous semble encore plus monumental, l’atmosphère est presque surnaturelle entre la frénésie du groupe, déambulant entre le bar et la scène et l’indolence du public qui paraît pratiquement ignorant de tous mouvements extérieurs et ne semble rien attendre de cette soirée.
Puis quelques standards rocks s’égrènent pour faire patienter l’assistance qui, alcool aidant, commence à donner quelques signes d’effervescence…
Enfin, au moment où on ne s’y attend plus, les trublions electro-rock se présentent sur l’estrade d’écolier servant de scène. En pleine lumière, apparaît un trio emperruqué, grimé, lunetté, éclatant en costumes colorés et pailletés. Un chanteur, farfadet glam sexy à souhait, travesti en Liza Minelli punk, un guitariste viril et  tatoué totalement imberbe, mais néanmois sexe ainsi qu’un batteur débonnaire déboulent dans un mélange de rythmes digitaux et de gros sons qui claquent. Les premières secondes nous entraînent immédiatement devant la scène et commence alors le défilé visuel et sonore…
Pour notre plus grand plaisir, le chanteur use et abuse d’une éventuelle ambiguïté sexuelle. Œillades langoureuses, moues enjôleuses et gestes vaguement provocateurs, font écho à la frénésie de son acolyte maltraitant diaboliquement les cordes de sa guitare. Le ballet dipien ne fait que s’intensifier, les morceaux s’enchaînent au rythme des basses percutantes et synthétique du Mac, les deux complices font le spectacle… alors que le troisième reste en arrière plan. On apprendra plus tard que l’anglais a perturbé depuis peu l’alchimie du duo déjanté. Il a donc quelques difficultés à surpasser voire à intégrer l’enthousiasme délirant des deux autres. Qu’importe, il reste un élément moins triomphant mais joue le flegmatisme à outrance et, en observateur presque détaché, s’évertue à battre la mesure sur ses drums.
L’ex-static-public se transforme bientôt en contemplateur extatique, puis en fans exaltés et illuminés. Les filles hurlent outrancièrement et les chevelus ondulent avec rage…  Je participe entièrement à cette frénésie et me réjouis de goûter tant de bonheur musical loin de Paris. Tous les éléments sont réunis pour satisfaire mon corps avide de rythmes rock bien trempés, et de tant de dérision à la fois. J’ai cru un bon moment que des spécimens avinés pouvaient leur balancer des coquilles d’huîtres à la tronche mais l’excentricité n’est sûrement pas l’apanage de la capitale, et quand le chanteur se présente, nimbée d’une nuisette à faux seins, en pute des faubourgs et entonne, en susurrant, ce qui deviendra à jamais l’hymne du village breton — « Every body’s gay, everybody’s ok », rapidement mué en « Everybody’s gay, everybody’s Hédé » — c’est l’euphorie orgasmique dans les rangs.
Je pense, à ce moment précis que c’est bien l’un des concerts les plus drôles et excitants auxquels j’ai pu assister ces derniers temps. Isaac et Barnabé sont également aux anges, les pieds dans l’herbe et la tête sous les étoiles…
Nous sommes tous d’accord pour affirmer que ce trio s’est indéniablement crée un style totalement décomplexé, en s’inspirant entre autres des icônes glam-rock, mais également du music-hall à la Cabaret.
Ces ovnis ne se sont pas nouvellement échoués sur la scène musicale, ensemble ils jouent déjà depuis quelques années et sortent en 2003 leur premier maxi, sur le label Space Factory dirigé par David Carretta. Leurs sons inspirent rapidement des univers plus sombres, voir franchement minimalistes tels que Mark Broom, The Hacker, ou Terence Fixmer.
Un second maxi gravé et les voilà aujourd’hui en pleine négociation pour la sortie de l’album I’m a genius, produit par Neil Conti. On attend évidemment cette nouvelle production avec impatience…

« Paris en août, j’adore ! »… Évidemment ! Et retrouvons-nous tous à Hédé ou ailleurs pour voir et entendre ce que nous ne sommes même pas capable de découvrir à Paris le reste de l’année.
  Autres textes de l'auteur
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