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     ELLEN ALLIEN-APPARAT : UN LIVE TOUT EN RONDEUR à LA GéODE   
 par Chloé Amandier


Porte de Pantin, dimanche soir, 20 heures…
Les rues sont désertes, et même l’allée arborée qui mène à la Cité des Sciences ne donne aucun signe de vie apparente. Je file, je tourne entre les arbres, les indications sont quasi absentes et je crains d’arriver en retard. Aux détours de bosquets, après avoir traversé un canal, la voici.

Enigmatique, surréaliste, et pleine de promesses pour la soirée, la Géode.
A 20h25 précisément, Ellen Allien et Apparat jouent en live leur dernière production commune, Orchestra of Bubbles. Il faut préciser qu’ils remplacent un Amon Tobin annulé…
Oui, à l’intérieur de la Géode.
Une sphère d’au moins vingt mètres de haut, le triple en diamètre, gisant aux côtés de la Cité des Sciences de la Villette telle… un ovni ?
Une boule à facettes géante ?
Dans la nuit, elle ressemblerait presque à une monumentale goutte d’eau, sa paroi reflétant tout aux alentours.
Bref, le théâtre idéal pour Orchestra of Bubbles.
Je me dis que le choix d’un lieu en fonction de ses caractéristiques géométriques devrait être une piste à exploiter plus souvent…
Surtout que le live est couplé à une performance vidéo de Pfadfinderei, d’où l’intérêt d’un médium comme la Géode.

Je rejoins Matthieu et Greg devant l’entrée, un peu frustrés par l’interdiction de fumer dans le hall, et surtout par les pressions chaudes et sans mousses servies au bar.
Et là commence une attente interminable, à deux pas de l’Orchestra, au pied de l’escalator montant dans la bulle.
Un problème technique de vidéo, nous informe-t-on au bout d’une demi-heure. Mieux vaut frustrer nos yeux que nos oreilles…
On se rassure comme on peut. A 21h20, les quelque quatre cents personnes en attente dans le hall commencent à bouillir…
C’est assez déroutant de voir tout ce monde ici, jeunes arpenteurs de la scène techno, dans le hall de la Géode, adossés contre les affiches des prochaines expos sur le Cosmos à la Villette. J’aime bien ce décalage.
J’en viens à dégainer Arthur, mon iPod, pour faire écouter mes dernières trouvailles à Matthieu, quand d’un coup, à l’heure où le live aurait dû presque toucher à sa fin, la file d’attente s’anime, s’orchestre vers l’escalier du bonheur, la montée ultime.

On rentre dans la Géode comme dans une salle de cinéma à l’ancienne, par le milieu, vers le devant de la scène, en l’occurrence devant les machines. Ils ne sont pas encore là, le temps de placer les quatre cents personnes sur les places, de cinéma. Tout le monde assis ce soir, donc.
Très vite, les lumières s’éteignent, la séance va bientôt commencer.
« Tu crois qu’on aura les bandes annonces ? » me demande Greg en me tendant le cornet de pop-corn.
Nos deux marchands de rêves arrivent enfin, et ouvrent le bal de grands signes de la main. Bonsoir Paris.
Et là, grosse déception, après l’attente interminable à cause d’un soi disant souci technique, le live vidéo que j’attendais tant n’est projeté que sur un écran rectangulaire, pas plus grand que celui d’une salle classique de cinéma.
Toute la surface du plafond de la Géode, qui fait sa particularité, n’a pas été mise à profit pour l’occasion ! Tout le monde aura donc les yeux rivés sur le bout de toile, au dessus de la tête d’Ellen et non la tête en l’air, comme tout le monde l’avait prévu, espéré.
Greg, passe moi ton pop corn s’il te plaît.

S’ensuit une longue intro, illustrée d’abord du visuel de la pochette de l’album, les fameux nuages globuleux sur fond noir qui commencent ensuite à frémir, donner naissance à une symphonie de bulles colorées.
Je ne connais pas leur album, je découvre donc le fruit de leur union ce soir là, in situ.
Le son dans la Géode est vraiment bon, homogène, gras. L’acoustique y est parfaite, malgré un volume un peu frustrant.
Mais c’est vrai, on est au cinéma ce soir…

Après un quart d’heure je commence à avoir la bougeotte, ma tête oscille et j'aimerais me lever, pour m’avancer vers la scène aussi. Impossible…
C’est frustrant et bon à la fois. Les quatre cents personnes s’enlisent dans le silence le plus total, c’est le respect absolu. J’entend crier quelqu’un à la fin d’un break interminable, chose d’habitude commune mais là, son cri parut déplacé…
Incroyable tout de même, personne ne remue ne serait-ce que la tête.

Ma frustration liée au plafond de la Géode commence à s’estomper…
Le live vidéo devient très intéressant : vidéos de paysages surmontées d’effets de lumières et de dessins vectoriels colorés, suivi de formes géométriques mouvantes, le tout parfaitement orchestré avec la musique. Comme jamais je ne l’ai vu auparavant.
Pendant un break assez cristallin et épuré, un fil blanc prend vie sur l’écran, et à la manière de la Linea, dessine des personnages de dessin animé que tout le monde connaît. Rires dans la salle.
D’autant plus que la lampe de bureau posée sur leur table pour éclairer les machines projette leurs deux ombres sur le mur derrière, suggérant, à cause de leurs déhanchés en rythme, des ébats imaginaires.
La scène est d’ailleurs devenue tellement gênante et évidente qu’ils en viendront à changer la lampe de place.
J’entends arriver un morceau extrait de Berlinette. Ellen dégaine le micro. Une voix timide et rauque, la même que celle de son album de 2003.
Elle chantera aussi « Stadtkind » un peu plus tard en remplaçant dans le refrain « Berlin » par « Paris »…
Ils sont vifs sur scène tous les deux. Je les trouve beaux, et presque purs avec leurs vêtements blancs. Leur musique est riche, intense, légère et poétique même.
Au bout d’une heure je vois briller les yeux de Matthieu. Moi aussi je me sens toute chose, comme transformée. Ce spectacle génère beaucoup d’émotion, et dans ce contexte, impossible de l’évacuer comme on a l’habitude de le faire. On est statiques, figés, concentrés, sans rien à boire.
Je dégaine la caméra. Après quelques tentatives de photos malgré l’interdiction apparente, je me résigne face au noir total de la salle, et décide d’emporter au moins un peu de son, en souvenir.
On reconnaît bien la facture de Bpitch. Moi je suis complètement novice face à cet album inconnu, je m’en délecte, avec régulièrement des interventions de Matthieu qui le connaît, et m’indique entre quels et quels Bubbles tendre l’oreille.

Le live s’achève après une heure et demie de bonheur, sur un morceau où Apparat chante, d’une voix frêle, presque féminine.
Applaudissements massifs, mais toujours personne debout.
Ellen prend le micro et nous dit : « Merci Paris, c’est la première fois que l’on chantait en public ».
Tout le monde applaudit et se lève, enfin.
La perle géante ne mettra que quelques minutes à se vider de son concentré de vie.
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