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     DRAGON BAL : KAMEHAMEHA !   
 par Coddo del Porta


« Dragon Ball ! À Nîmes ! Tu te rends compte ? Si l’on m’avait dit ! Tu te rends compte, non mais tu te rends compte ?!
— Beuah, beuuah beuu. Beuaaah » me répond Jack. J’en reste pantois : comment ? Il ne montre pas davantage d’enthousiasme ? Certes, il se remettait d’un week-end commencé jeudi et qui n’avait pas encore pris fin. Nous étions lundi 14 août. Qu’à cela ne tienne : Jack avait laissé Ludmilla quitter Paris pour Béziers, la feria, le soleil — ce serait donc avec elle que j’irais voir cette Dragon Ball. Dragon Ball, nom de Dieu !
***
Béziers vibre pour un jour encore au son des Gipsy Kings, pue la pisse et le vomi, et a ranimé pour cinq jours les opposants à la corrida. « Lou païs n’aïmou pé la barbaria ! » arborent-ils sur une baderolle, chaque jour, à l’entrée de la ville — ou à peu de choses près. Cette démonstration de force, qui rameute au bas mot sept individus quotidiennement ne m’empêche pas d’aller aux arènes pour tâcher de voir des maestros aux prises avec des toros. Peine perdue jusqu’à ce jour : pas de violence sensuelle, de sang, d’érotisme et de mort mêlés mais de piètres spectacles. Je me rattrapperai ce soir, avec le tournoi mémorable que promet Dragon Ball.
Ludmilla et moi prenons donc la route en début de soirée, direction Nîmes. Au programme ? Allez savoir : des combats, peut-être un dragon, une boule de cristal ou deux, un bâton rouge érectile… Ouah ! En vrai, devant nos yeux ! Dragon Ball en tournée, à Nîmes ! Et voilà que j’ai douze ans à nouveau, comme lors de mon premier concert — a-ha époque Scoundrel Days. La route est longue mais nous voici finalement arrivés à Grezan, zone d’activité sur la route de Beaucaire, les anciens tennis, perdus au milieu des hangars et des grossistes en parpaings. Dès notre arrivée à  proximité du site, je m’étonne d’une présence policière si considérable. Leurs fourgons, cars, voitures sont massés sur un rond-point herbeux. Au carrefour suivant, le service d’ordre de la soirée prend le relais, bien que des policiers soient toujours visibles alentour. On nous fait signe (« Par ici ! »), puis un autre (« À gauche ! »), encore un (« Tout droit jsqu’à mon collègue. »). Le parking enfin, mais on dirait une piste d’atterrissage : avec en mains des bidules lumineux, les jeunes gens du service d’ordre dirigent les voitures : « Ici. — Avancez. — Au fond. — Braquez, mettez-vous là. » Ils exagèrent : Ludmilla a beau tempérer mon agacement en disant « mais oui, le service d’ordre, c’est parce que bon, tu comprends, bien organisé, et puis… », j’éclate, je bous. « Dragon Ball cerné par la flicaille ? Tout le monde gare sa voiture là où on lui dit ? "Les dragons sont priés d’éteindre leur gueule en feu dans les vasques prévues à cet effet." "Repos, vous pouvez fumer." Et puis quoi, encore ! Tant pis, je l’appelle. »
— Tu sais comment ça va finir… » soupire Ludmilla.
— M’en fous : il doit voir ça. Quelle honte, tout de même » et je compose son numéro à trente-huit chiffres. « Allo, Tor…
— Non mais vous avez vu l’heure qu’il est ? On n’a pas idée de réveiller les honnêtes cochons à pareille heure ! Malotru ! Groink !
— Désolé, Oolong, j’ai dû riper sur le clavier… » Je recommence, je m’applique et « Alloooooo ? » La voix est traînante, nasale, égrillarde en un seul petit allo : aucun doute, c’est bien lui. « Tortue Géniale !
— Coddo, quelle surprise ! » J’entends des rires, des gloussements derrière lui.
— Dis donc, Tortue, mon p’tit vieux, tu n’devineras jamais : y a Dragon Ball à Nîmes, mais ça m’a l’air foutraque. Amène-toi.
— Ah ! non, chérie, pas ici, voyons, poulette… »
Poulette ? Chérie ? « Mais si, dis-je, à Nîmes. Mais comment tu me parles ?
— Euh, oui… mais non, pardon, je… » Il marmonne dans sa barbe et chuchotte « Allons… dois partir, ma petite puce » et les gloussements redoublent. J’ai compris… À peine le temps de dire « J’arrive ! » et il est à côté de moi. Les choses sérieuses vont commencer, mais Ludmilla manque d’abord s’évanouir : « Tortue, enfin, cette chemise… Et ce short… Et ces lunettes, non vraiment, fuschia, tu y va un peu fort !
— Mais quoi, dit-il, j’étais à la plage avec…
— Raison de plus ! Tu mériterais que je te dénonce à la police de la mode » et Ludmilla détourne les yeux, par crainte de se trouver mal. Or, commencent à ce moment-là à se faire entendre du son, une clameur et un sourd battement. Elle reconnaît, j’ignore par quel miracle au milieu de cette bouillie qui m’arrive en sourdine aux oreilles, James Holden. Hélas, il nous faut traverser le parking long comme un champ de betteraves, en marchant sur on ne sait trop quoi d’irrégulier, de poussiéreux. Le trajet me paraît interminable, pendant lequel je raconte à Tortue Géniale par le menu où, comment et avec quelle ostentation le service d’ordre se déploie, ainsi que les forces de l’ordre. Ludmilla, pendant ce temps, déniche au fond de son sac un programme de la soirée, ou peu s’en faut, et plusieurs flûtes à champagne, qui en plastique, qui en cristal de Bohème et une dernière en étain — en étain ? — roulent aux pieds de Tortue Géniale : en se baissant pour ramasser, il en profite pour tripoter les chevilles de Ludmilla, bave aux lèvres. Elle lui décoche alors un coup de talon dans la mâchoire en poussant un kiaï de niveau 3. Son œil noir me regarde : je n’ose rien dire, elle m’avait prévenu… Bonne ambiance.
Plongeant l’air de rien dans son programme, Ludmilla nous annonce, tandis que nous faison la queue devant l’entrée, mieux gardée qu’Alcatraz, que c’en est fait de James Holden : malchanceux jusqu’au bout avec cet artiste, je ne le verrai décidément jamais. « Où les combats vont-ils se dérouler ? » demandé-je, fébrile.
— Faisons un tour » propose Tortue Géniale qui écume à l’apparition de chaque bout de chair féminine. Quand nous nous sommes acquittés de nos trente-cinq euros à l’entrée, nous cherchons arène, dojo, gradins, mais rien d’autre qu’une kermesse n’apparaît. Le public est très jeune dans l’ensemble et Ludmilla remarque que tenue et coiffures sont importées directement de l’Espagne voisine. Les voix, toutefois, parlent français : à croire que cette mode s’exporte et perdure.
Un type de trente-cinq ou quarante ans m’interpelle et m’entreprend pendant que nous attendons Tortue Géniale que deux jeunes femmes, qui avaient commis l’erreur de répondre à ses gargouillis baveux, l’envoient au tapis à coups de coude, lui tordent les jambes et finissent de l’assomer avec une casserole : « Ah ! ouais, les Dragon Ball, énormes ! Il y a, quoi ? sept ou huit ans, je les faisais vers Avigon ou Montpellier. Ça dépotait, à l’époque : de la grosse tech qui tabassait, pas vrai ? » J’acquiesce mais sans comprendre : du tek ? Avignon ? Le dernier tournoi Dragon Ball que j’avais vu s’était déroulé à Shinjutsu-les-Flots, voilà treize ans, et si plus d’un participant s’était fait effectivement tabasser, je ne retrouvais rien de familier dans le reste de sa description.
Or, voilà Tortue Géniale remis de son vain assaut : en attendant de trouver le lieu des combats, nous visitons la kermesse. D’un côté, des étals pleins de colifichets : bijoux luminescents, vêtements idem, gadgets, disques — c’est-à-dire trois bacs : house, electro, techno/hardcore. Plus loin, la boustifaille : hot-dogs, hot-dogs, encore des hot-dogs — et des boissons : eau, bière dégueu, sodas. Champagne ? Seulement à la bouteille. Bon, ben deux bières (Tortue Géniale ne boit rien, il se contente de s’oindre d’un baume camphré et de gémir). « Dix euros. — Mais je n’ai commandé que deux bières. — Si si, dix euros. » Je m’étrangle et Ludmilla me serre le bras, d’un serrement que je connais bien et qui signifie avec douceur que ce n’est rien, qu’elle comprend, que j’ai raison de m’énerver, que ce prix est effectivement odieusement élevé pour une fête populaire comme Dragon Ball. J’attrappe Tortue Géniale par la barbe et le cloue au sol d’un Moulinet à Torgnoles exécuté à la perfection avant qu’il ait terminé de lécher le bras de la serveuse. Le serrement de Ludmilla, plus appuyé, me signale à présent qu’elle avait raison, que j’aurais dû l’écouter et ne pas appeler notre vieil ami. Oui, Ludmilla, mais tout de même, dix euros pour deux bières…
Nous retournons à la fête. Tiens, un attroupement : un combat, enfin ? Que nenni : seulement les toilettes, devant lesquelles quelque trente ou quarante personnes se massent en un tas massif et impénétrable. Les w.-c. sont en nombre manifestement insuffisant. Mes félicitations aux organisateurs. « Cela dit, vu l’ambiance, dit Tortue Géniale, on pourrait rester, car ils vont bien finir par se battre. » Mais Ludmilla a repéré Chloé. À une Dragon Ball, Chloé ? Pourquoi pas : elle mixe sur la scène Electro, comme toujours économe de ses mouvements, et passe une minimale plutôt péchue au début mais qui s’embourbe, comme toujours, dans sa linéarité. Nous écoutons, attentifs et avides de surprise, puis attentifs, puis la tête ailleurs, et finissons par vider les lieux. La scène Techno nous intéresse peu, et le son nous déplaît. « C’est qui ? — Sais pas. — On s’calte. » Ni une, ni deux : direction le tournoi, non d’une boule de cristal !
Ah ! non, toujours pas : c’est la scène Live. Mais où donc est passé Tortue Géniale ? Devant Modeselektor qui commence tout juste sa performance, le public n’est pas le même : deux fois plus large au moins, la scène se déploie en un show monstre et peu à peu nous sommes si serrés que lever un bras s’avère une gageure. Autour de nous, des capuches, de frais minois et une envie massive d’en prendre plein les oreilles. En guise d’apéritif à de mémorables combats, pourquoi pas cette bande de mecs sympas ? pensé-je au rythme de leur musique entraînante. Les voilà partis : capuchons et minois tressautent, un vigile haut de deux mètres trente et large d’autant reste impassible à côté de moi. Il doit avoir chaud dans sa veste Antarctica en kevlar anti-redéposition : la sueur perle sur son front et j’aperçois finalement Tortue Géniale sur le sommet de son crâne, qui bouge avec une vivacité retrouvée dans son short hawaïen. « Hé hé hé ! » Personne ne semble lui prêter attention, non plus qu’à ses bandages ni à ses vêtement bariolés.
Le spectacle, il faut dire, est sur la scène : de part et d’autres, sur le devant, deux artistes réalisent un live visuel qui nous hypnotise tous. Chacun d’eux se tient debout devant une table encadrée de panneaux, le tout entièrement noir — sorte de théâtre en miniature —, et surplombée de caméras miniatures. Gantés, ils manipulent des objets devant des sources lumineuses aux couleurs changeantes, devant des mécanismes étranges qui créent des mouvements répétitifs (tantôt circulaires avec un plateau, tantôt de balancier, et ainsi de suite). Le résultat est visible en direct sur plusieurs écrans, derrière la scène et autour d’eux : bandes lunmineuses, mouvements organiques, géométrie non euclidienne en démonstration hallucinatoire. L’image est ainsi traitée, retraitée, déchiquetée et recrée en temps réel, comme le font les artistes musiciens dans leurs lives. Capuches et autres sont en admiration, autant pour ce spectacle que pour la musique, incroyablement dansante, énergique, vive : les uns sautent, les autres dodelinent de la tête lorsque la place leur manque pour bouger, et les capuches de se mouvoir de haut en bas, en rythme, arborant des bouches souriantes — ce sourire mince, que l’on croise en y décelant une complicité dans le plaisir musical. Nous trouvons tous ensemble, dans ce spectacle auditif et visuel, une qualité rarement vue même avec les veejays les plus inventifs. « Modeselektor est une bande mecs sympas ! Modeselektor est une bande mecs sympas ! Modeselektor est une bande mecs sympas ! Modeslektor est… » D’un coup, au milieu d’un morceau sur lequel sont plaquées ces paroles revigorantes, plus rien.
Plus rien du tout.
Plus de lumière, plus un bruit. Le néant.
Un coup de Satan Petit Cœur ?

Le public est fou, terrassé par ce silence et ces ténèbres à travers lesquelles on devine, silhouettes hagardes, les membres de Modeselktor, les bras au ciel, s’arrachant les cheveux et implorant le pardon de… En réalité, j’ai lu dans Midi Libre le surlendemain que cette brusque interruption de l’image et du son était due à un manque d’huile dans le groupe électrogène. Au fait, toutes mes félicitations à l’équipe de Flavor qui organisait la soirée : pour trente-cinq euros et la binouze au prix du pétrole, on se serait attendu à une prestation technique aux petits oignons, mais après avoir payé un service d’ordre digne du G8, il ne devait plus rester assez d’argent dans les caisses pour payer les machinos intermittents du spectacle.
L’état de Tortue Géniale est alors pire que le mien : on dirait un chien enragé et les morceaux de veste « spécial froid polaire » qu’il vient d’arracher à coups de dents à son géant de porteur achèvent d’inquiéter la foule. Nous retournons donc vers notre scène de prédilection, apprenant au passage qu’Alex Smoke ne viendra pas car son avion est cloué au sol je ne sais où. Tant pis pour lui : il va manquer le tournoi du siècle ! En attendant que les combats débutent — cela semble ne gêner personne, apparamment : à croire que tout le monde sait que cette Dragon Ball à Nîmes commencera tard, vraiment très tard —, nous voyons la fin du live de Pier Bucci. Comme à son habitude, il joue avec enjouement, mais sa musique nous ennuie à mourir et Ludmilla manifeste son mécontentement à grands coups de pied retournés en direction de Tortue Géniale : « Touche-moi encore à cet endroit, et je te transforme en Tortue Hachée ! » Effet garanti. La faim nous taraude : nous voilà donc devant le stand à hot-dogs, avec un billet de cinquante euros en préparation du coup de bambou. « Bonsoir ! Trois hot-dogs, s’il vous plaît. » dit Ludmilla avec un sourire carnassier, mais l’œil torve des trois vendeurs, parfaitement inactifs, nous indique que c’est est fini des hot-dogs. Mes félicitations à l’équipe de Flavor pour avoir prévu si large dans l’approvi… Je rabache, scusez.
Nous voilà donc, ventre et oreilles criant famine, qui retournons au même endroit nous planter assez loin de la scène. Pier Bucci ? Parti : c’est un type plutôt grand et mince qui joue à présent. Nettement plus enthousiaste que ses prédécesseurs, il agite de longs, fins, interminables bras au rythme de sa musique, serré dans un T shirt trop petit d’une taille. Très vite, nous bougeons de même, mais comme il est bien tard — 3 heures ? 4 heures ? Tortue Géniale roupille sur un fauteuil en plastique abandonné par les vigiles auprès d’une palissade-grillage-sortie de secours — la jeunesse a perdu pied et l’âge moyen des auditeurs a augmenté. Damian Lazarus est en train de s’emparer de nous.
Damian Lazarus.
J’ai probablement lu sur un flyer le nom de cet Anglais de chez Crosstown Rebels, mais entendu, jamais encore. Ludmilla le découvre aussi. « Cute ! » dit-elle. Qu’est-ce que j’en sais : nous sommes trop loin des platines et je ne discerne pas son visage, au point que son casque, posé de travers, n’mporte comment, sur sa tête et son front en même temps, asymétrique, m’apparaît comme une sorte de bonnet rasta. C’est le dub, sacré Jim Wilde, qui me poursuit jusqu’à Nîmes, et pour une Dragon Ball, en plus. Ludmilla, qui ne comprend pas ce que je ne comprends pas dans ce couvre-chef, finit par réaliser que je prends des vessies pour des bonnets et ricane, mais avec délicatesse, comme toujours dans ces cas-là. Peu m’importe : Damian Lazarus, je tremble, je frémis, je pâlis à l’entendre, encore de longs jours plus tard. Son set est sexy comme jamais je n’en ai entendu. Les sons de ses morceaux fonctionnent à l’économie mais en une variété de couches sonores de la plus grande sensualité. Cette house-là est complète, monte et descend en ayant conscience des apports de la minimale et du pouvoir premier de la house qui est sensuel, sexuel, animal.
De même que le matériau musical se densifie, la foule de même se resserre naturellement : nous sommes moins nombreux qu’auparavant, mais une forte chaleur se dégage des corps, des danseurs autant que de celui de Damian Lazarus. La musique elle-même, si épaisse de sons, prends corps sensuellement : les basses respirent comme dans l’effort, au même titre que le corps de Damian Lazarus respire sa musique jusque dans les fibres de ses muscles. Le T shirt est à peine à la mesure de ce grand corps vivant, à présent. Les danseurs respirent eux aussi, car la foule, serrée, n’est pourtant pas compacte. Sa musique est serrée, nous serre. Des voix, sur ces morceaux, nous emportent comme en une étreinte. Après une voix espagnole qui regrettait sa Consuelo, nous tourbillonnons : « I like electro. I like retro. I like metro [ah ?], house and techno. » La musique électronique que nous assène Damian Lazarus, ce sont des corps, aussi et surtout, après être de la musique.
Damian Lazarus.
Son set se poursuit avec la même fougue jusqu’au bout et Jennifer Cardini vient se préparer à ses côtés, sautant de plaisir elle aussi, emportée comme nous tous. Je crois que nous étions tous ressuscités à ce moment.

Voilà où nous en sommes à la sortie du set : le corps transi de froid (le Vistre, tout près, nous glaçait jusqu’aux os) mais l’âme moite et réchauffée pour l’éternité par cette musique. Ludmilla, les yeux embués par le plaisir elle aussi, me dit : « J’étais sur un nuage… »
— Hein, quoi, Sangoku ? Où ça ? Sur son nuage ? Veinarde ! Où ça ? »
Tortue Géniale, de son côté, court après une pauvre jeune fille en short, talons aiguilles et veste en cuir. Ses talons se prenant dans la terre, glissant sur les cailloux, elle était à la merci de notre vieil ami, à qui Ludmilla devait encore apprendre les bonnes manières. Ainsi, pendant qu’elle lui montre une prise nouvelle de son invention qu’elle appelle Gobelet en Plastique des Mille Souffrances et qui semble produire son petit effet, je regarde le line up épinglé sur un poteau téléphonique : « Sur la scène Live de la soirée Dragon Bal, vous verrez les… » Ooooh, mes félicitations à l’équipe des organisateurs infoutus d’orthographier correctement le nom de leur tournoi : il faut deux l à Ball, sans quoi il faut lire Dragon Bal et c’est le nom d’une… Bon sang : Dragon Bal, cette soirée s’appelle Dragon Bal. BAL, comme un BAL, avec un seul l. DRAGON BAL, nom d’un loup-garou. DRAGON BAL ! C’en est trop pour moi : une colère implacable se saisit de mon esprit devenu fou tout soudain, et j’approche mes mains l’une de l’autre pour porter un coup fatal dans tout ce merdier. Ainsi, pas de tournoi, pas de Sangoku, pas de Krilin, pas de nuage volant. Rien que des deejays, des musiciens, des danseurs et de la bière à cinq euros, qu’on ne peut pisser qu’au prix du sacrifice de trois heures de sa vie. Dragon Bal, putain de bordel de merde. Vite : Kameha…
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