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     IT'S GOOD TO BE A KING [DANS UNE ABBAYE]   
 par Chloé Amandier


[Paris, 13.07.06]

Bientôt le soir va m’engloutir [et me perdre ?].
En attendant, je descends à Palais royal-musée du Louvre, traverse l’esplanade du musée, l’obélisque à ma droite, le quai en face, et mes ballerines descendent les marches glissantes qui mènent aux berges. Je pourrais être là par hasard, profitant de la fraîcheur de notre vieille Seine, de la beauté des monuments alentour, mais non.
Parce que des gens non avertis passent ici par hasard, et regardent, hallucinés, le spectacle. Des dizaines, puis centaines de personnes, 25-35, extraites de leur train-train boulot-métro-dodo, squattent là, devant le plus somptueux musée de Paris.
Mais ?
Pas de flashmob, non. C’est une soirée décidée quelques jours auparavant, par le collectif dcontract, qui organise des micro free parties dans des lieux insolites de Paris. J’avais donc reçu un mail l’avant-veille, et me voilà avec ma petite bouteille de participation, dans l’odeur du graillon, à écouter un mix de mp3, pop, rock, electro…
Chacun apporte son miam, dcontract s’occupe du barbecue, et du groupe électrogène.

Deuxième édition 2006 des BBQ electro. Cinq en tout dans l’été, la dernière en feux d’artifices le 16 septembre, en pied de nez à la Techno Parade le même jour.
Je n’avais jamais imaginé les pavés du quai parisien en dance-floor.
A quelques centaines de mètres aussi du Paris-Plage aseptisé, bondé de touristes.
On n’est pas bien, là ?
2006, été de la flâne.
Les BBQ de l’année dernière se postaient à la pointe de l’île Saint-Louis.
J’écoute la playlist de Hansel et François Nachotte et en m’imaginant ce qu’a dû être leur soirée Hold Up Party au mois de mai dernier. Ils avaient investi pour l’occasion les locaux d’une ex-banque, place Vendôme, itself !
Ces pirates ont réussi à secouer un mercredi soir des dizaines d’otages. Electro, cagoules et décadence au menu. Où comment revisiter le concept de free party en métropole, avec décalage et insolence.
Peu de temps pour le farniente, je dois me rendre porte de la Chapelle où Matthieu m’attend pour m’emmener à l’Open House de ce soir, dans une abbaye à quarante kilomètres de Paris. It’s good to be a king…
A quatre dans la Fiesta, on plisse les yeux sur la carte une heure plus tard. Courage, Matthieu, la soirée n’est pas à quarante bornes mais plutôt à une bonne centaine. Petit mensonge pour remuer le cul des métropodes.
Peu importe, les arbres défilent de chaque côté de la route, on est déjà bien loin de la capitale. Bientôt on attend devant l’entrée, c’est-à-dire le long d’une départementale dans un petit village de l’Oise dont je n’ai jamais su le nom, contre le mur de l’abbaye, éméchés à la seule vue du parc intérieur.
Imaginons.
Une imposante abbaye vieille de plusieurs siècles, attenante à une église gothique en ruine dont il ne reste que les fondations en vestiges, entourée d’un parc, d’un lac, le tout cintré d’un mur qui ne laisse rien entrevoir. Place au phantasme.
Mais quelques secondes après le « bonne soirée » et le crac du ticket, c’est l’explosion ! On va pénétrer dans un manoir élevé de grands vitraux, dans lequel on a rendez-vous avec Ivan Smagghe, Chloé, Jennifer, Plaisir de France, et un certain Para One en live. Hum hum…
J’entends déjà le dun-dun-dun résonner contre les clefs de voûte.
Je ne me suis pas trompée. Damier noir et blanc bien ciré au sol, de circonstance.
La baronne invite ce soir.
Tapisseries, tableaux et torches sur les murs en pierre.
Trois dance-floors, deux petits sous les voûtes en pierre au rez-de-chaussée, un grand au plafond de bois à l’étage, ouverts sur la cour, transformée en gigantesque chill-out. Dehors, des fauteuils en plastique Ikea pour s’asseoir.
Avec Matthieu, on fait un état des lieux avec inspection du line-up. La tapisserie des toilettes est complètement hypnotique et surréaliste avec ses milliers de petites fleurs roses. Impossible de sentir encore le vieux, les pièces sont toutes enfumées. Un très mauvais point pour cette soirée où l’air est vite devenu carrément irrespirable et trop moite, surtout à l’étage où l’aération offerte par les grand vitraux n’était même pas mise à profit. Dommage.
Je rentre faire glisser mes ballerines sur le carrelage devant Chloé. A peine visible derrière la foule, écrasée par la fumée qui stagne sous le bas plafond voûté, la minette enchaîne les galettes. La pression monte et laisse place à une Cardini surexcitée, qui rend plus compte de sa présence dans la petite salle. Je profite du frais de la pierre, adossée à une voûte, un petit rafraîchissement en main. Un set bien techno pour annoncer le live imminent de Para One, qui prendra place non pas face au public comme les deux précédentes DJ, mais de côté, ne rendant son visage visible que par quelques privilégiés du bord gauche, dont je fis partie.
Mais pour qui te prends tu ?
Avec son air nonchalant, l’éternelle veste en cuir et le rasage J+3, il nous fait savourer son album Epiphanie. Un succès !
Tous les bras sont levés, j’ai peur que le plafond en pierre ne s’écroule…
On se retrouve tous dehors. Le live m’a achevée, je n’arrive plus à poser le pied par terre. La prochaine fois je penserai à mettre de vraies semelles, sans parler du traître damier bien ciré qui a failli en foutre en l’air plus d’un…
Les potes de Matthieu étaient allés voir pendant ce temps là Smagghe à l’étage et n’en ressortent qu’avec l’impression d’avoir flirté avec le malaise toute la nuit… Dommage.
Il est presque 6h30 et je crois me souvenir que nous sommes au fin fond de l’Oise…
Un peu de route plus tard et nous voilà, seuls au monde sur le parking tout défoncé de l’unique station-service à vingt bornes à la ronde. Je frémis…
« Vous avez vu le film Haute tension ? »
Apparemment non, et tant mieux pour eux, à cet instant.
Je savoure mon sandwich club poulet mayo, à pleine dents…

It’s good to be a king !
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