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     LESS IS MORE   
 par l'O.I.T.E


MEME 13b par Larry Ford-Olgan [réf. OITE-032706-013b]
Traduit de l’anglais par Lucie Pelise




Larry Ford-Olgan est le leader du Groupe Reconstitué Alan Turing basé à Manchester. Informaticien, il est aussi spécialiste des avant-gardes dans le domaine de la musique et des arts plastiques. Il est en charge des programmes Clever Music Data Base et Listen+ au sein du OITE. Ses derniers travaux portent sur les artistes qui mêlent des éléments d’orchestration symphonique aux technologies modernes (« Murcof, Venetian Snares et Amon Tobin : chefs d’orchestre en combinaison d’électricien », 2006).





Tout a commencé au début des années 1960 aux États-Unis, loin des studios d’enregistrement et des dance-floors, en un lieu qui allait devenir un véritable laboratoire pour les décennies à venir : les arts plastiques.

Alors que le lyrisme de l’expressionnisme abstrait (action painting, colorfield painting) et le populisme formel du pop art établissent leur domination sur les marchés et les media, le minimal art, comme on commence à l’appeler, épouse une neutralité esthétique absolue. Cette réaction se concrétise par une épure des formes et une neutralité froide et absolue, un rejet en bloc de toute subjectivité et une économie de moyens propre à ne laisser percevoir que la forme.

Carl André, Sol Lewitt, Dan Flavin, Donald Judd, Robert Morris et bien d’autres suivent le célèbre principe de l’architecte Mies van der Rohe « Less is more » (« Moins, c’est plus »).

Cette réaction toute naturelle face à la domination de l’expression des sentiments et à l’invasion de l’art par l’imagerie populaire va nourrir de nombreux artistes pour déboucher sur l’art conceptuel, le design d’objet… et la musique.

La musique dite « minimaliste » est née elle aussi d’une réaction face à la domination du courant sériel ou « tape music », et à un retour à la pulsation rythmique. D’un coté, LaMonte Young et Charlemagne Palestine développent une approche radicale et étudient les sons continus ou drones. De l’autre, Terry Riley, Steve Reich et Philip Glass militent pour un minimalisme répétitif composé de courts motifs harmoniques ou rythmiques. D’infimes variations de ces motifs provoquent des effets psycho-acoustiques chez l’auditeur, hypnotisé.

In C composé par Terry Riley en 1964 est considérée comme l’œuvre fondatrice de ce courant.

C’est dans les années 1970 que ces recherches limitées à la musique dite savante vont être transmises à toute une génération de jeunes artistes qui fréquentent les écoles d’art. De Düsseldorf à Winchester, ces jeunes adultes en devenir suivent assidûment cette mouvance et s’en imprègnent pour composer une forme de pop avant-gardiste. Grâce à ces « passeurs » qui injectent une réflexion et une rigueur toutes nouvelles à la musique populaire de leur temps, la contamination prendra racine et se propagera jusqu’aux années 1990 où la toute nouvelle vague techno bat son plein.

Les premières compositions minimales techno voient alors le jour et posent les bases du mouvement : Spastik de Plastikman, alias Richie Hawtin (NovaMute, 1993), Minimal Nation de Robert Hood (Axis, 1994), Losing Control de DBX, alias Daniel Bell (Peacefrog, 1994) et M4 de Maurizio (Maurizio, 1995).

Chacun à sa manière développe cette idée d’épure, d’économie de moyens propre au minimalisme. En se focalisant sur un élément unique (la construction rythmique, les traitements d’effet, les nappes synthétiques), ils construisent de longues plages évolutives tenant sur la totalité de la face d’un maxi.

Cette forme de composition colle alors parfaitement avec la finalité même du vinyle — être mixé avec d’autres compositions pour aboutir à une troisième composition créée en temps réel par le DJ.

Richie Hawtin continuera dans cette voie avec la même rigueur initiale à travers ses labels Plus8, et surtout M_nus. Il sortira des pièces maîtresses du genre, comme la série Concept (Concept, 1996) composée de douze maxis qui regroupent de longues plages minimalistes — considérées par certains comme trop arides — qui forment un continuum sonore parfait pour le mix. Le design est lui aussi très étudié et épuré, ne laissant voir sur fond blanc qu’une grille régulière de quatre cercles noirs sur trois, tandis que le titre est la durée temporelle du morceau. Cette série sera réinterprétée en 2004 dans son intégralité par Akufen…

Sous son véritable patronyme, il lancera la série DE9 (Deck 9) qui explore toujours la même voie, mais cette fois-ci en utilisant des boucles d’autres artistes. Le premier de la série, DE9 | Closer to the edit (Mute, 2001) sort sous plusieurs formes : un double LP composé de soixante-dix boucles sans fin récupérées dans sa collection de maxis, outil insolite qui lui permettra de sortir un mix à trois platines composé exclusivement avec ce LP.

Les bases du nouveau son minimal sont alors posées : minimalisme des variations, aridité mélodique et utilisation des effets pour « lier » le tout…

Le second de la série, DE9 | Transition (Mute, 2005) poursuivra dans la même direction en intégrant les possibilités technologiques actuelles comme la diffusion multicanaux en 5.1.

Pour finir, la définition de la minimale actuelle proposée par Daniel Caux, producteur à France Culture et France Musiques me semble pertinente : « La même image sonore revient et s’impose jusqu’à un point où l’on devient capable d’en distinguer tous les éléments constitutifs, et de percevoir très clairement la plus subtile des transformations qui pourraient être apportées à l’un d’entre eux. La force vive du son exerce alors sur l’auditeur des effets hypnotiques comparables à ceux que provoquent certaines œuvres d’art cinétique. »

  Autres textes de l'auteur
  •  Introduction [numero 4]
  •  Principes et fondamentaux [numero 4]
  •  MinimaleParisMaximale [numero 4]
  •  Repères 2006 [numero 4]
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