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     MINIMALEPARISMAXIMALE   
 par l'O.I.T.E


MEME 19a par Marc Agrandet [réf. OITE-0299O6-019a]


Marc Agrandet fait partie de la Division la Nuit basée à Paris. Clubber, journaliste et poète, il écrit depuis plusieurs années des articles dans divers magazines tendances . Au sein du OITE, il participe activement à de nombreux ateliers d’écriture et organise des conférences au Centre Georges Pompidou depuis 2001.



Nous y sommes.


Enfin.


Ou devrais-je plutôt dire encore. L’année 2006 a formalisé une scission, une divergence de fond au sein même de la production électronique.


Mais la discorde ne vient pas d’où on l’attendait. La menace de la dissolution dans le rock nouvellement vigoureux — même si cette soudaine vigueur cache mal quelques shoots à la Major Marketing et au jeunisme « I wanna be my 70’s rock-star » — n’aura pas lieu. La chaussée est par trop glissante, difficile de se maintenant dans l’entre-deux, les deux monstres que sont la techno et le rock absorbant leurs rejetons périphériques par la seule force de leur attraction centrifuge. L’electro-rock reste de l’electro qui sue, le rock electro se contente d’injecter du dance-floor au milieu des guitares.


Aucun tsunami en vue.


Non, le clash est dans les extrêmes, dans les opposés qui enflent et se syndicalisent.



D’un côté, les trentenaires — enfants du Summer of Love et de la déferlante rave — veulent à nouveau être jeunes, mais tout emplis d’une sagesse durement gagnée, nuit blanche après nuit blanche sous les lights crues des clubs de la planète. Ils veulent ressentir à nouveau dans leur chair cette vague de chaleur vrombissante inoculée par la lente progression des vinyles savamment superposés au millimètre, regagner cette culture qui les a propulsés dans les nuits noires de rumeurs.


C’est dans ce but unique qu’ils fabriquent à mains nues cette multitude de maxis dits minimals, qu’ils comptabilisent ces longues heures à l’exercice des platines, qu’ils calculent la cadence toute mathématique du demi-taz, qu’ils quadrillent méthodiquement la carte des clubs.


Ils sont encore vivants.


Et ils ont une vision.


Celle d’une musique construite.


Construite pour le dance-floor. Une musique mentale, héritière des musiques savantes, dépouillée de toute culture encombrante, une musique de substance, blanche et solide.


Un outil parfait.


Une musique pour eux seuls, source inépuisable de plaisir, inaccessible au néophyte, toute emplie d’un savoir accumulé sur quinze ans.


Ils la perçoivent comme une œuvre d’art, complexe dans le détail et limpide dans son ensemble. Pour eux, c’est désormais une science, et seuls ceux qui ont lentement transmuté leurs sens sont à même de percevoir l’infinie puissance de l’édifice.


La minimale est l’unique héritière de cette culture des années 1990 où un petit groupe de marginaux dans une ville marginale ont dessiné à même le vinyle les vingt prochaines années.


L’extase de la solitude au milieu de trois mille danseurs.


La croissance dans son ventre de cette énergie blanche.


Sans un mot.



Et de l’autre coté ?

Il y a les jeunes.


Les vrais.


Les seuls.


Ceux qui détiennent cette fougue vierge du révolutionnaire. Ils arrivent, ils sont là, et ils en veulent.


Pas de Summer of Love dans leur CV, pas l’ombre d’une révélation qui change la vie. Leur engrais de croissance, ce n’est pas une culture dominante, mais des cultures partagées.


Et ce bouillonnement leur donne la chance d’en construire une, distincte. Une culture pleine de toute chose, survitaminée, furieuse. Qui se nourrit des formules gagnantes des trente dernières années, terriblement efficace, arrogante, d’une performance digne d’une grande entreprise.


Maximale.


Ils détiennent la recette de l’efficacité. Ils l’ont lue dans les livres, à l’arrière des pochettes écornées de leurs grands frères, sur les blogs et dans les réseaux d’échange peer-to-peer.


Ils savent malaxer dans leurs sampleurs le flot continu de musique numérisée.


Le calcul est approximatif, guidé par l’intuition et la joie toute juvénile d’avoir trouvé une pépite au milieu des poubelles trop adultes. Ici, pas besoin d’encyclopédies ou de science cryptée au blow fish, ça parle aux jambes direct, il suffit juste de gérer la danse des verres à coup de lignes, les pieds bien droits devant la cuvette des w.-c.


Finie la rigueur du 4:4 et son diktat, finies les chapelles des genres et la quête maladive du maxi sold-out, tout est permis, le brouillage des genres est de rigueur : l’énergie dévastatrice du rock, les beats lourds du rap, les samples filtrés/scratchés des punks idiots, les ritournelles digitales eighties qui monopolisent la tête, le compresseur en fusion qui crépite, tout est bon à prendre pour atteindre l’objectif unique.


Un résultat maximal.







Deux visions qui s’opposent,

pour atteindre un même but,

danser en soi,

au milieu des siens,

en sueur.

  Autres textes de l'auteur
  •  Introduction [numero 4]
  •  Less is more [numero 4]
  •  Principes et fondamentaux [numero 4]
  •  Repères 2006 [numero 4]
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