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     UN JOUR, UNE HEURE   
 par Chloé Amandier et Kimberley Clarck


C’est avec Hansel, fondateur de dcontract que j’ai rendez-vous faubourg Saint-Antoine, à la terrasse d’une brasserie.

Dressons une lanterne sur ce collectif de pirates à l’initiative de soirées décalées et intimistes, en marge d’un clubbing parisien selon eux « mercantile voire morne ».

Et le contexte est bien choisi.

À peine sommes-nous installés, que des camionnettes de CRS envahissent en masse les trottoirs du faubourg, en vue d’une manifestation (…) entre Bastille à Nation.

Les activistes de dcontract désirent penser la fête différemment, non sur fond de revendication pure, mais dans un esprit informel et parfois de promotion artistique (musiques électroniques, arts graphiques, mode et design…). Mais surtout, du festif. « Un peu comme une fête à la maison optimisée à laquelle on apporte une plus-value qualitative. »

Rétrospective.

C’est en juillet 2004 que l’esprit dcontract émerge lors d’une fiesta improvisée dans un appartement vide. Cent cinquante personnes conviées dans ces quatre-vingt mètres carrés, platines, bar, et même vestiaire à l’honneur. Au mois de septembre suivant, même chose dans un loft avec le très plébiscité et controversé Teki Latex.

Toujours très privé et informel certes, si ce n’est que Hansel rencontre au Palais de Tokyo celui qui s’avèrera être son compagnon de route, Reynolds. Dès lors, ils organisent le premier BBQ electro sur l’île Saint-Louis, en compagnie d’Arthur Lecaron, d’AristoPunk. Cinquante personnes et déjà une promesse.

Malheureusement, le lieu n’offre pas une quiétude exceptionnelle en vue des trop nombreux passages inopinés de touristes. Qu’à cela ne tienne, ils déménageront quelques dizaines de mètres plus loin.

Dans leurs soirées en plein air de Paris, dites micro free party, jamais les autorités ne sont intervenues, sauf pour la tant attendue soirée au couvent des Récollets, gare de l’Est, prévue en octobre dernier en compagnie de Cosmo Vitelli et de membres de Kitsuné.

Retour sur ce concept de micro free party. Sauf lien sémantique, il ne s’agit évidemment pas d’un retour, tant espéré par beaucoup d’entre nous, aux raves des débuts 1990, mais d’un hommage et surtout, Hansel insiste, d’une mise en exergue de cette fameuse rupture avec le clubbing parisien, clôturé.

Loin du populaire Paris-Plage, les BBQ electro se veulent décalés, électroniques, et improvisés. Platines numériques, merguez (mon cher Coddo) et groupe électrogènes sont au rendez-vous. On est tenus au courant de la date et du lieu par la newsletter de leur site quelques jours aupavant (à l’ancienne), et la dernière édition en septembre 2006 a ainsi attiré plus de trois cents personnes.

Et je demande, en cette saison de Nuits Sonores, pourquoi pas une aventure « extra Lutetiam » ?

Néanmoins, dcontract réaffirme sa fibre urbaine, et parisienne. Mais peut-être pouvons-nous espérer bientôt un partenariat transatlantique avec le collectif Newmindspace, qui a conçu, entre autres événements urbains, ces fêtes dans le métro new-yorkais, en 2004, parallèlement à la naissance de dcontract à Paris ?

Un peu plus tard, naissent, dans le contexte politique adéquat, les Party Terrorist, des fêtes improvisées dans le métro. Les années précédentes, ils ont ainsi converti un ancien peep-show de Pigalle en show case pour une jeune styliste, et des mannequins ont défilé en sous-vêtements rétros sur fond de pop, et d’electro.

Ils investirent également une salle de classe dans une école (plus ou moins) désaffectée, et une banque près de la place Vendôme pour une Hold Up party en mai 2006. On ne sait toujours pas trop ce qu’ont fait les quatre cents personnes dans la salle des coffres… Toujours est il qu’ils ont traversé en masse le quartier cagoulés, menottés et déjantés.

Ils ne se fixent pas de contraintes de régularité, se déploient au gré de leurs envies.

Hansel certifie que « le terrorisme est le grand épouvantail du XXIe siècle » et que dcontract veut dématérialiser gentiment cette pseudo légende urbaine qu'est le clubbing, par l’humour et sans autre support politique.

C’est ainsi que…

Un jour, une heure, un lieu… J’avais reçu sur ma boîte mail quelques jours plus tôt un message comme je les aime avec quelques brèves consignes et surtout celle de ne diffuser l’information qu’à des amis ou des personnes sûres.

Je ne sais si l’influence des films noirs des années 1950 planait encore sur moi depuis le nième visionnage de L’Homme au bras d’or, mais je trépignais à l’idée de faire partie d’un groupe de « happy few » parisiens et d’assister, telle une héroïne mystérieusement poursuivie par une horde de gangsters assoiffés de sexe et de sang, à l’un des évènements confidentiels de l’année. La comparaison s’arrêtera là… ou peut-être pas.

« Oh la ! Tout doux, Kimberley ! » me disait Spencer. Mais j’avais envie de croire à ce type d’impulsions volontaires ne se réclamant d’aucun slogan : une agitation festive purement gratuite !

J’avais auparavant assisté à quelques séances improvisées dans des lieux publics, pas celles que vous pouvez imaginer mais bien quelques initiatives artistiques et revendicatrices souvent drôles et inattendues.

Rien de bien alléchant au programme mais juste l’envie partagée d’improviser une fête dans un lieu inédit.

Un jour, une heure, un lieu… Le rendez-vous est donc pris pour ce soir de mars, métro Place des Fêtes, ligne 7bis à 20h30… Discrétion assurée malgré tout.

Spencer et moi arrivons quelques minutes plus tôt au lieu-dit « Place des Fêtes », une cinquantaine de personnes sont déjà sur place et attendent impatiemment le top départ. Tout est curieusement calme même si la frénésie est sous-jacente, puis un jeune homme nous distribue des stickers de reconnaissance à placarder sur nos fringues. Logo noir sur blanc, sobre mais efficace de la Party Terrorist.

Bye bye, les situations troubles et équivoques du film noir et bonjour, l’ambiance centre aéré des films français eighties. Cette métaphore filmographique peut étonner, mais elle illustre bien le décalage entre mes intentions premières, certes exaltées et la triste réalité à laquelle j’allais assister passivement.

Caméras, appareils photos et stylos au poing, certains sondent l’atmosphère délicatement tendue de la foule, sous le regard bienveillant et amusé de Georges Brassens. Je n’ose penser que l’évènement s’organise sous le haut patronage libertaire des nouveaux admirateurs enthousiastes de G.B.

Soudain, l’appel est lancé au porte-voix après quelques hésitations et au rythme des Lapins Superstars, non pas quelque gibier rêvé suite à certains abus – il est 21h30, tout de même ! –, mais une fanfare triomphante coiffée de longues oreilles peluchées et de moustaches chatoyantes, qui nous accompagnera pendant toute cette heure. Horreur ou bonheur, le destin (ou est-ce tout simplement le mouvement de la foule ?) me jette au premier rang du concert de ces cuivres endiablés interprétant avec décibels et entrain quelques standards pop, rock, reggae… !

Je me retrouve une nouvelle fois prise au piège dans un univers que je voulais oublier, mon visage fouetté par des locks géantes, coincée entre un lapin rose hyperactif et un « retour de Katmandou » en transe chaloupée.

Tout le monde a l’air ravi et c’est vrai que l’ambiance est plutôt détendue et chaleureuse ; je me dis que personne n’aurait accepté de se retrouver dans cette situation, le nez collé à la vitre un jour de grève.

Les stations défilent et à chaque arrêt, tous tentent de découvrir ce qui se passe plus loin, de retrouver des potes ou simplement de rentrer à la maison après une journée de travail harassante. Certains sourient et s’invitent malgré eux à ce voyage inattendu, pendant que d’autres entament des courses effrénées sur le quai. C’est le chaos à chaque signal de fermeture des portes, et c’est reparti pour un tour…

Le convoi pourra finalement effectuer deux tours entiers avant d’être gentiment délogé par les forces de l’ordre, et de rejoindre les 9billards où la soirée continuera sous l’égide des collectifs Voulez-vous danser… et Fuck disco.

Rien à dire de plus, vous jugerez par vous-même la prochaine fois… À suivre donc de très près, les prochains BBQ electro dès le mois de juin, comme l’été 2006, sur les quais devant le Louvre, et les Party Terrorist, pour se délecter (ou non) de la réappropriation éphémère d’un lieu de passage…

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