28 mai 2006 – Nuits Sonores – Lyon
Rencontré via MySpace quelques jours auparavant, je devais
retrouver Danton à Lyon pour une interview. Le premier soir,
The Hacker et Trentemøller nous avaient
lacérés en petits morceaux de taille identique,
et le second soir, c’est Abe Duke et Weatherall qui
s’étaient chargés de mixer le tout pour
en faire une pâte molle et odorante.
On aurait pu se voir cette fois-là, mais on était
hautement désynchronisés, l’un se
couchant quand l’autre prenait son café noir,
jamais au même endroit, jamais au même moment.
Je repartis donc sans interview, avec comme lot de consolation Les
Amants robotiques toujours dans mon lecteur mp3.
13 juillet 2006 – Cabaret Sauvage – Paris
Ce qui frappe chez Danton, c’est ce rire sonore, un rire de
Marseillais (sans l’accent) jovial et puissant.
C’est comme ça que j’ai pu le
repérer dans la pénombre, au milieu de la foule,
alors qu’après moult SMS pour se retrouver, on se
cherchait toujours. Le courant passe tout de suite, Danton a la
tchatche, à l’aise dans tous les domaines. On
discute jusque dans sa loge où, quelques minutes avant son
show, il enfile son costume de scène, une veste noire
à larges revers satinés et un chapeau claque
d’époque.

Il apparaît alors comme le digne héritier de Georges Jacques Danton, fougueux orateur à l’éloquence légendaire qui participa activement à la French Révolution.
Cette aisance, elle lui vient de son passé de rocker, de ces innombrables concerts dans des bars enfumés de Marseille où il a su, prestation après prestation, dompter la foule et aiguiser cette science obscure de l’improvisation, du geste gratuit qui fascine, de la mise en danger perpétuelle.
Un véritable homme de scène.
12 août 2006 – La Flèche d’Or – Paris
Cette fois-ci, Danton n’est pas la tête d’affiche, il est là pour accompagner Naommon, jeune songwriter/showman/dancer, pour la sortie de son album. Danton est au laptop, car j’apprend vite que c’est lui qui a produit cet album.
Il a même fait quelques programmations, joué de certains instruments et fait les chœurs ! Le live est très réussi et montre une nouvelle facette du personnage : Danton maîtrise les machines et la production. Il pourrait très bien produire de la house, de la pop, du r’n’b ou du hip-hop.
On finit tous au Pulp, puis dans un café non loin de là.
10 novembre 2006 – Panik aux Inrocks @ Élysée Montmartre – Paris
« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace. »
Georges Jacques Danton
L’Élysée est plein comme un œuf. Quelques SMS et me voilà de nouveau à côté de lui qui s'extrait de la foule pour filer dehors, dans la nuit froide et pluvieuse de novembre.
On monte dans un petit hôtel, Danton doit se changer avant d’entrer sur scène. Il me donne un pass VIP et une promo de son nouveau maxi Wings of death, qui sortira en décembre sur InFiné, le tout jeune label monté par Agoria. Aprés un rapide passage en backstage, chacun regagne sa place, lui sur scène et moi au milieu du dance-floor.
Sa prestation scénique est toujours aussi décalée, la guitare et le micro sont là, mais quelques chose a changé : le son. Et la confirmation se trouve gravée en microsillons sur le vinyle promo que j’utilise comme un éventail en sautant partout entre les danseurs.
Au milieu des tracks anciens trônent désormais des sonorités plus minimales et hypnotiques, à la limite de la tonalité. Et toujours la voix pitchée de Danton résonne, exhorte, répétitive et sombre…
Ce soir-là, comme pour fêter ce passage de la musique au clubbing, on finit tous au Folie’s Pigalle, à deux pas, au milieu des putes, macs et autres junkies de la nuit, comme pour se frotter à ce public qui n’écoute plus la musique depuis longtemps, mais qui la vit, qui s’y plonge tout entier, s’y vautre.
Exténué, je m’endors assis au milieu du dance-floor, surplombé par un travesti en pleine démonstration. Rock’n’roll.
30 décembre 2006 – Maria am Ostbahnhof – Berlin
En virée dans la grande capitale allemande pour le Nouvel An, nous croisons Danton, cette fois par hasard. Pour l’occasion, un vidéaste est venu lui prêter main forte et diffusera sur écran géant des images sorties de films noirs, renforçant cet univers qui se dessine.
Le live a encore évolué. Désormais tout empli de cette nouvelle force, la performance est une longue progression tendue, d’où émergent les couleurs de chaque track, variations infimes qui opèrent les translations nécessaires vers l’explosion finale.
En veste blanche et broche macabre, Danton est moins spectaculaire sur scène, mais ce qu’il a perdu en extravagance, il l’a gagné en précision sonore.
Venus à Berlin pour se plonger tout entier dans le son allemand, nous repartons finalement avec Danton en tête…
24 février 2007 – Divine @ Rex Club – Paris
J’arrive au moment où il quitte le bar pour se préparer. Des break-dancers font leur démonstration sur son live, je suis fatigué, je rentre.
31 mars 2007 – Paris Paris – Paris
Danton joue au Paris Paris, le nouveau club « branché » de la capitale. Beaux quartiers, tapis rouge et escalier en cédille, blindé de jeunesses dorées qui se prennent en photo, verre d’alcool fort greffé dans la main/cigarette, ça sent le parfum de marque, les cheveux sont longs et raides pour les filles, courts et maculés de gel « effet mouillé » pour les garçons.
Je le retrouve au bar, près d’une énorme vasque remplie de glace et de bouteilles de champagne, entouré d’une petite cour portative.
Il a belle allure, le Danton, avec son perfecto en sky et ses cheveux mi-longs, étrange mélange entre un gitan et Willy Wonka (Onirik). Il porte désormais la moustache, rit toujours fort et distribue à qui veut des traits d’esprit qui font mouche.
C’est dans ce club qu’il m’apprend qu’il monte son label, Fondation, tout seul mais entouré d’un graphiste et d’un distributeur (N.E.W.S. Belgique). On parle business en enfilant les gins tonic comme des perles.
Ce soir-là, sa prestation live a encore gagné en maturité et en puissance : disparus le costume de scène et les sonorités electro du début (il joue de toute façon dans un coin, collé au dance-floor et adossé à la cabine de DJ), avec un tout nouveau set-up qui lui permet d’avoir un contrôle approfondi de sa performance. La courbe de progression est plus retenue, les échos et autres reverbs disloquent les tracks peu à peu, le dance-floor est humide mais distrait.
Adossé à un mur, je me dis alors que ça y est, la formule sonore est efficace, même dans ce petit club strictement alcoolisé, ça fonctionne parfaitement. Mais Danton n’est pas dans son élément, il se concentre sur ses machines pour ne pas crier et sauter sur une table, il lui manque quelques chose – la scène !
La dernière note jouée, je m’extirpe avec difficulté du club, je n’en peux plus, cette foule n’est pas ma foule. [Ndlr : Jack est un vieux con égocentrique.]
Tout en rentrant à pieds, mes pensées vagabondent : Danton est devenu Eeprom.
EEPROM : Electrically-Erasable Programmable Read-Only Memory
Mémoire électronique permanente (par opposition aux mémoires volatiles de type RAM) pouvant être réécrite par application d’une tension électrique supérieure à la tension d’utilisation. Bien qu’issues de la lignée des mémoires à lecture seule, les EEPROM de type FLASH (utilisées notamment dans les clés USB et les appareils photo numériques) ont maintenant des performances tellement élevées en terme de vitesse de lecture/écriture et de nombre de cycles d’utilisation qu’elles peuvent être comparées à de véritables mini-disques durs.
www.dicodunet.com
Tout est dit dans cette définition : en s’appliquant une tension électrique supérieure à la tension ambiante, Danton se réécrit lui-même, évoluant pas à pas vers un programme plus complexe et plus abouti. Musicien, performer, ingé son et businessman, il accumule les expérience et les flashes, redéfinissant à chaque prestation sa formule, éliminant les erreurs et compilant les trouvailles.
Soyons clairs : certaines personnes le disent opportuniste.
C’est peut-être vrai.
Mais si l’opportunisme consiste à se remettre en question à chaque instant, accumuler les connaissances pour évoluer et offrir une performance toujours plus aboutie, alors les meilleurs artistes de cette scène sont tous opportunistes.
16 juin 2007 – Divine @ Rex Club – Paris
Je rejoins Danton dans un petit restau non loin du Rex Club. Autour de la table, le plateau de la soirée, Matzak, Axel Bartsch et LoSoul, ainsi que l’organisateur de la soirée Divine, Malick.
Au programme, viande rouge, vin rouge et blagues érudites en anglais. Danton, Malick et Matzak ont joué la veille à Marseille, les vidéos de l’after circulent sur Arcos, l’ambiance est légèrement décalée et résonne du manque de sommeil et de cette conscience flottante qui s’installe quand on a vaincu les limites.
Il est déjà 23 heures, on file au Rex Club où Danton doit mixer en warm-up.
Eeprom flashé : nouveau programme 'mix' ajouté.
Le live est carré, sans plus. On s’échappe du Rex pour finir en after dans un appart où… [Ndlr : censuré.]
Danton part en catastrophe prendre son train, il est 16h30, je rentre.
20 juillet 2007 – Nouveau Casino – Paris
Le Nouveau Cas’ a invité toute une troupe de Marseillais dont Danton. On arrive au milieu de son live. (Une nouvelle tendance semble rallonger les befores et les afters au détriment de la fête elle-même. Lassitude ?)
Je ne le vois que sur scène, trop occupé à exterminer mes neurones. Son live est beaucoup plus dur et rapide que les deejays qui suivent, jouant space disco et vieux tubes. Le live de Danton est désormais taillé pour les gros clubs, et son heure de prédilection se stabilise vers 4 heures du mat.
L’after est inattendu et très drôle. END
29 septembre 2007 – Ososphere @ La Laiterie – Strasbourg
Nous retrouvons Danton dans une petite salle du festival strasbourgeois Ososphère, entre Matzak et Swayzak. Le claque n’est plus là, mais une magnifique paire de lunettes en écaille noire lui donne un côté nerdy très réussi. La salle n’est pas totalement remplie, mais les personnes présentes sont là pour lui, malgré l’aberrante interdiction de fumer. [Ndlr : janvier 2008 !]
On enchaîne trois performances : Matzak, Nathan Fake, Danton, trois méthodes différentes.
Le live de Matzak, au set-up minimaliste, ressemble beaucoup (trop) à ses prods sur vinyl, et restera carré, mais linéaire et sans grande surprise. Le travail se trouve dans le mix des différents tracks, qui tournent en séquence dans Ableton Live, et de quelques évolutions des sonorités.
Pour Nathan Fake, c’est beaucoup plus chaotique, il intervient beaucoup sur ses séquences, à coup de mute, d’effets, de bouclages et d’ouverture de filtres. On atteint parfois le sublime, mais on se vautre (des fois) dans le chaos.
Danton, lui, se trouve entre les deux, modifiant à l’aide d’effets ses tracks, en gardant un coté linéaire propre au dance-floor professionnel.
J’entrevois alors un certain professionnalisme, une maîtrise de la performance sonore qui assure la qualité de l’ensemble, en prenant certains risques (calculés) au bon moment.
Danton calcule et cherche frénétiquement le point de tangente entre le live linéaire mais sans accroc, et la performance débraillée capable du meilleur comme du pire…
On finit en after chez un musicien expérimental avant de reprendre (no sleep) le train pour Paris.
10 novembre 2007 – Lo*li*ta/Razzmatazz – Barcelone
« Un mp3 ne sera jamais sold out. »
Danton Eeprom
Encore une fois, le hasard nous fait croiser Danton à Barcelone alors que nous prenons quelques vacances bien méritées.
Il joue ce soir-là au Razzmatazz, immense complexe de clubbing dévolu aux Party Animals espagnoles.
Les Espagnols aiment clubber, se défoncer et ne jamais dormir. Ils le font tous. De 13 à 67 ans, sans distinction.
Le père, le fils et le petit-fils.
Parfois le grand-père.

L’ambiance se tend, Danton s’arc-boute sur ses potards, prend le micro pour quelques voix qui introduisent son dernier maxi chez Freak n’Chic, puis enchaîne par sa dernière tuerie long format taillée pour les foules, Confessions of an English opium eater sortie sur InFiné, et embarque tout le monde en pleine révolution. Tout le monde danse maintenant au son du canon, des barricades se forment, le dance-floor est un vrai chantier.
On aura droit à un rappel, la foule conquise et affamée prête à tout pour perpétuer ce désordre.
Sortie de scène, Agoria prend la relève, et nous retrouvons Danton dans le VIP pour quelques coupes de champagne local.
Retour en métro blindé de clubbers exténués, no sleep, avion.
Assis dans mon fauteuil Vueling avec un demi-cerveau qui grésille, je me dis que le retour du claque est une bonne chose.
Le programme 'Danton' chargé dans l’EEPROM est maintenant sans bug, compilé, prêt à disloquer 2008 :
| 10 //////////////////////////////////////////// 20 Danton Eeprom 2007 OS.2.3 30 /////////////////////////////////////////// |
|
| 35 danton | = new Array(); |
| 40 danton['musicien'] | = true; |
| 50 danton['performer'] | = true; |
| 60 danton['inge_son'] | = true; |
| 70 danton['instrumentiste'] | = new Object(type:'Label',name:'Fondation'); |
| 80 danton['business'] | = true; |
| 85 danton['party_animal'] | = true; |
| 90 danton['producteur'] | = new Array('claque','lunettes','smoke'); |
| 95 danton['costume'] | = new Array('Confession','All I can say'); |
| 100 danton['tubes'] | = compil(danton); |
| 110 var new_performance | |
| 120 exec(new_performance,2008); | |
