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     CRITIQUE POSITIVE SOUS INFLUENCE: 3 FILLES QUI EN VALENT 3000   
 par Jack LockerRoom


JoJo De Freq – Saturn returns – (Mythic 01)

La voilà, la nu rave, la real one.
La puissance de Saturns returns, c’est d’arriver à convoquer aujourd’hui, en 2007, cette énergie positive qui éclaboussa à partir de 1988 l’hémisphère nord de la planète Terre. Tout est construit pour que, par deux fois, Saturne se rapproche de notre planète et, répondant à un « go ! » vindicatif, nous éblouisse de cette lumière brûlante, celle de la house nation et de son terrible désir de s’éclater sans entrave, de danser sans penser, le sourire aux lèvre.

C’est tellement bon et jouissif que ceux qui n’ont pas vécu cette vibration vont trouver ça ridicule. [Ndlr : vieux con].
Si je l’écoute une fois, je l’écoute cinq, dix, vingt fois, juste pour ces deux fulgurances ou une simple mélodie de trois notes arrive encore à me faire croire qu’on va changer le monde.

Si je l’écoute à 22 heures, je ne suis pas couché avant 4 heures, le système nerveux électrisé par cette énergie naïve et brutale qui me fait rajeunir.

Quand le « go ! » résonne, à chaque fois, mes bras se lèvent, rise your hands, man ! pour saluer en cadence le retour inespéré de Saturne la toute-puissante !

Saturne, cette géante gazeuse aux anneaux brillants est pleine de ce gaz euphorisant qui emplit mes poumons à chaque fois que ce break monstrueux résonne. Il n’y a que le retour de Saturne qui provoque cet effet sur les Terriens, et JoJo De Freq a fait presser sur Mythic un disque unique qui sait réduire les distances entre la Terre et Saturne, entre 2007 et 1988.


Water Lilly –Invisible ink – (Mental Groove 057)

Ce track, c’est un révélateur.
Sa formule : trois ingrédients souvent utilisés dans la musique électronique, mais qui ici, font miraculeusement apparaître une nouvelle dimension.

Water Lilly, c’est d’abord la voix, cette voix qui nous parle toujours à l’oreille, qui susurre et expire des ondes humides, toutes pleines de complicité sensuelle. Elle ne chante pas, ne parle pas.
Elle incante.

Les quelques notes de la mélodie, cordes pincées par un orchestre symphonique embusqué dans le noir et s’éclairant à la bougie, nous font redécouvrir le plaisir coupable et clandestin de la tonalité, en ces heures sombres où les gardes rouges minimalistes font entendre le bruit de leurs bottes dans les grandes capitales.

Ce combat est présent jusqu’au cœur du morceau, avec cette basse dissonante qui insiste et laboure les frontières mêmes de la tonalité, sans jamais rompre l’équilibre des ensembles, perchée sur une corde.
Le résultat, c’est une flamme qui vacille dans les caves humide où l’on danse, une petite lumière qu’on espère plus grande mais qui nous brûlerait, nous, les zombies.


Chloé – It’s Sunday – (Album The Waiting Room, Kill The Dj 010)

Ça n’arrive que tout les cinq ans. Arrêtez la zik, les mecs, ça y est, c’est fait, le prochain sera pour 2012.
Je parle de l’album qui dure, qui survit malgré notre soif de news, qui vous hante sans violence. Je parle du premier album de Chloé, The Waiting Room, titre « littéral » qui nous retiendra cinq ans (minimum) dans cette salle d’attente, « stuck in the sound », diraient les anglais.
Cinq ans.

Si tu me crois pas, écoute plutôt ça : It’s Sunday, quatrième track sur quinze :

It’s Sunday
I don’t like it
I’m alone.

Ça te rappelle rien ?
Oui, moi aussi, et c’est le premier effet Waiting Room : Chloé a siphonné le folk par le fondement pour n’en garder que la substance, ce regard lucide sur les petites ombres que l’on a en commun mais que l’on ne partage pas.
Jamais.
La petite blessure qu’on n’ose avouer.

Des Sundays, t’en as pour la vie, et t’as beau faire, c’est pas confortable, pas possible de faire semblant, ça pourrait être lundi, mais non, c’est dimanche, et t’es seul, again.
Bloqué, à intervalle régulier, et t’aimes pas, mais ça revient, c’est pas long, un jour, le lundi t’as déjà oublié que, la semaine suivante, ce sera pareil, cette petite fêlure à l’intérieur du ventre, ce léger malaise inexplicable du dimanche, ce vide un peu trop présent.
Ce vide, Chloé le remplit, pas à pas, d’une guitare qui enfle, au début murmure et puis texture, elle prend l’espace, le comble de matière organique, de soupirs lourds et de guitare.
De matière.

Deuxième effet de la salle d’attente : t’écoutes pas de la musique, là, tu baignes dans la matière. Une matière qui se déroule, imperturbable, qui se répand en échos et qui insiste, déborde de tous côtés, s’emballe et s’excite. Une matière qui, mêlant l’électronique et l’acoustique, t’arrache tes repères.

Troisième effet de la salle d’attente : 2007 n’existe plus, tu flottes quelque part entre le XXe et le XXIe siècle, tel un fantôme, et tu perds la base, tu quittes la terre ferme, tu décolles et t’aimes ça, finalement, cet espace qui t’emplit, autour et à l’intérieur, et plus rien autour, tu te suspends.

Finalement, tu le réécouteras ce track, le dimanche, pour faire corps, et même le lundi, et les autres jours, c’est tellement facile, play again and again, pour décoller de nouveau, quitter la terre ferme, baigner dans la matière et retourner dans la salle d’attente, rester là, stuck in the Sunday, hors du temps… attendre que la porte s’ouvre.
  Autres textes de l'auteur
  •  The wild Micronauts [numero 9]
  •  Merde in France [numero 7]
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