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     EN MIETTES AU PIED DU TRI POSTAL   
 par Lily Marlow


Roubaix. Lille. Maubeuge. 100% electro. Fin septembre. Le NAME. Dunkerque.

C’était peut-être la solution pour mettre un point final à cette saison de festivals ensoleillés mi-rock, mi-electro sur les côtes ibériques où je finissais quoiqu’il en soit par attendre sagement les premières heures du jour. Celles où Thomas Brinkmann, Joakim et Metope allaient gentiment border MGMT, Vampire Week-End et Midnight Juggernauts. Et l’impatience aidant, le même live de Justice décousu et agressif me redonnait vaguement du rose aux joues. « Bon ok mais c’est juste pour Danton Eeprom alors… »

Pour bien faire, commençons par la fin : c’est quoi ce dance-floor où les gens regardent autant qu’ils écoutent ? C’est là où je ne mettais plus les pieds : en France. Là où un halo rouge diffus te transporte d’une salle à l’autre. Là où les videurs t’accueillent avec un « bienvenue ». Là où Ellen Alien revient en pèlerinage tous les ans. Là où les gens te demandent : « Mais t’es pas de Lille, toi… ? » avec un sourire. Là où Sebo K joue devant dix personnes sans broncher. Là où Anja Schneider sort ses disques qui tabassent. Là où la bière est plus chère qu’un live de Chloé qui tourne en rond (2,50 € la pression, 15 € les dix artistes internationaux qui assurent). Là où on te chuchote à l’oreille : « Mais c’est Fanny Bouyagui… Tu ne connais pas ? Non ?!!!! »

Surtout si tu la croises, évite le « Ah ! Fanny, j’adore ce que tu fais ! ». Elle risque de s’évaporer dans la pénombre de son théâtre favori, une grande bâtisse de métal et de briques rouges où autrefois on triait le courrier… Difficilement approchable, dit-on. Anti-journalistes. Passionnée, donc intransigeante sur la qualité. Davantage là où elle doit être que là où on la demande. Cette amazone couleur sombre, version « Manu le Malin rencontre Nikita », entre moi, Chloé et ces écrans géants qui mangent tous les murs : c’est marrant, ça ne me parle pas trop a priori mais je n’avais pas encore compris.

En fait, j’avais négligemment oublié d’anticiper la bonne surprise occasionnelle. Je pensais me terminer tranquillement dans les brumes hard tech qui font la vieille réputation de Lille et Bruxelles en attendant la prochaine « We Love Kitsuné » sans trop me poser de questions. Un peu fatiguée, un peu trop sûre de moi comme d’habitude.

Ce qui frappe l’œil à l’arrivée, c’est le dépouillement des lieux, un ancien centre de tri de la Poste situé au cœur de la ville. La salle principale au rez de chaussée se résume rapidement en un rectangle simple, bitumeux au sol, pierreux au mur, sans aucune fioriture ni déco qui impose d’emblée une quelconque signature. Le bar dans le premier tiers. Tout ne tourne pas autour de lui. On y revient pour faire une pause et mieux repartir.

Pas de boule à facettes, pas de laser. La lumière éblouissante, confuse au premier abord, vient des murs. Du bas jusqu’en en haut des murs. Quinze mètres derrière les deejays, vingt mètres sur le côté droit du dance-floor. Tu entres dans un monde d’écrans géants avant d’avoir compris quoi que ce soit. (Note pour la fin : sûrement le veejaying qui s’exprime avec des moyens à la hauteur de ce qu’il a à dire.)

Et j’ai eu largement le temps de me pencher sur l’extravagance de la surface des écrans géants pendant l’intro du live de Chloé. D’ailleurs tout le monde se met en jambes. Tranquillement. Avec un minimum d’impatience. Il est 1 heure. Les visuels sont intrigants, on est bien loin des fractales éblouissantes et hypnotiques des premières raves. D’ailleurs c’est Fanny Bouyagui, en grande prêtresse de la soirée, qui soutient le travail de Melle Pulp. Atmosphérique, lancinant, se traînant voire ralentissant, l’intro de ce live ne se terminera jamais. Mais moi j’ai compris pourquoi je reste.

Le halo rouge sur le côté gauche m’attire encore plus loin. Quelle excellente idée, ce sas de décompression. Bon, ok, ce… couloir qui te transporte vers la seconde salle. C’est rouge, juste le temps de croiser quelques âmes qui voyagent entre deux pôles. Pas de bousculade, c’est flou, c’est sombre et rouge, la vérité est de l’autre côté. Et inversement. La vérité, c’est la même qu’à côté en plus condensé : deejays minimaux de la meilleure écurie (mobilee, en l’occurrence), visuels qui prennent de la place et clientèle qui… danse, qui bouge !

La qualité de la programmation et de l’environnement visuel font oublier les petites déceptions qui, j’en suis sûre, sont trop personnelles, donc sans intérêt. Oh ! puis si, tiens, je vais quand même en parler, sinon on va croire que je travaille pour le NAME :

  • Sebo K : un brin trop minimal dans le sens où parfois on attend la suite ;
  • Tiefscharwz : revigorant, efficace mais classique ;
  • Anja Schneider : tellement moins féminine dans sa sélection que d’habitude : perturbant ;
  • Chk Chk Chk (!!!) : groupe d’electro-rock franchement enthousiasmant devant son public. Un peu gâché quand tout le monde se demande « C’est qui ? » ;
  • Remote et Czubala : j’aurais aimé vraiment m’en souvenir, mais je suis persuadée que d’autres en parleront mieux que moi (un peu comme Ambivalent d’ailleurs) ;
  • Danton Eeprom : ne fait plus de show derrière ses machines, enchaîne tout simplement ses productions (le problème étant juste de les avoir méthodiquement déjà toutes individuellement adorées et disséquées).

Oui, c’est moche : le sol glisse par endroits parce que les gens sont trop pressés d’aller le plus vite possible profiter du début du set de Radio Slave ; des inconnus te retiennent dans l’espace fumeur (extérieur et rapidement accessible des deux salles) parce qu’ils sont persuadés que ce début de conversation est plus importante que Gaiser (Minus) qui s’éclate de toute façon pas très loin, à qui tu manques moins qu’il ne te manque. Un cauchemar, je ne m’en remettrai jamais !

Qui, en 2006 (pour la deuxième édition de l’événement) pouvait déjà rassembler : Villalobos, Ellen Allien, Apparat, Matthew Herbert, James Holden, Luciano, Troy Pierce, Marc Houle, Superpitcher, Dominik Eulberg, Thomas Schumacher, Konrad Black, Sascha Funke, Damian Lazarus, Noze, Mathias Kaden, Jennifer Cardini et Toby Neumann ?

Ce que je prenais pour un jeune festival nordiste orienté sur les tendances musicales minimalistes des pays environnants, s’avère l’avant-garde européenne du milieu du Spectacle Vivant. L’association Art Point M, de défilés en installations, de soirées electro en braderies de l’art, d’expos multimédia en happenings décalés, propose toute l’année des parcours éclectiques, ludiques et interactifs dans une multitude de lieux revisités pour l’occasion. Ce week-end des 26 et 27 septembre 2008 n’est qu’un moyen parmi d’autres pour ce pôle d’activistes, engagés et radicaux, de faire découvrir de jeunes talents.
Soyons honnête : je n’ai rien vu de tout ça cette année ; les notions de performances vidéo, d’installation multimédia, de « récupération de l’objet », de plasticiens géniaux, de manifeste conceptuel me hérissent le poil généralement, et jamais dans le bon sens.

Par contre, je viens prendre en compte définitivement le concept de mixeur d’images inspiré. La fin du deuxième soir, au matin, le set de A-P-M-001, le collectif résident du festival (deejays + veejays), m’a fait frissonner longtemps, longtemps, sur autre chose qu’un set bien construit et pointu d’un artiste de musique électronique. Cette symbiose entre le DJ et le VJ m’a un peu bouleversée comme à chaque nouvelle découverte. Moi la fan d’after qu’on vient harceler pour aller au « Kiosk : c’est Danton Eeprom. Viens. Tu vas voir. C’est notre club local. Ce sera mieux que le DC10 et le Privilège réunis. ». Eh ! bien, j’ai dit « non ».
Parce que la vie est particulièrement belle quand tu n’as pas besoin d’aller écouter Danton Eeprom que tu vénères dans une after que tu ne connais pas encore.

Bien joué ! Trois jours plus tard, je préparais mon aller-retour à Dunkerque (!!) le week-end suivant pour le final du NAME, qui me promettait Ellen Allien sublimée par le travail visuel de Fanny Bouyagui. Comme un début de manque déjà, une histoire pas terminée.
Des certitudes tellement bien réduites en miettes.

  Autres textes de l'auteur
  •  Wild in the fucking country [numero 6]
  •  They say rave, I say rêve [numero 4]
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